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[Fiche de visionage] Shin Godzilla

Il commence comme un reptile décharné, aux membres atrophiés, aux yeux vides : la créature perdue ravage tout sur son passage sans même sembler le vouloir. C'est par là que Shin Godzilla vous prend, et il ne vous lâche plus.

Sorti au Japon en 2016, le film est co-réalisé par Hideaki Anno (surtout connu pour Evangelion) et Shinji Higuchidéjà. Ce Godzilla-là donne des frissons.

Un retour aux racines

C'est un nouveau reboot, et il revient aux origines de la franchise: La découverte du monstre, des hommes politiques dépassés. Resultat une horreur qui n'existe que par l'impuissance des hommes face à elle.

C'est aussi le premier Godzilla japonais à abandonner l'acteur en costume pour la synthèse numérique. Le procédé n'est pas là pour la demonstration : la créature est laide, informe, biologique. Profondément ancrée dans le réel.

Un film de bureaux

Car oui, pour l'essentiel du film, ce sont des gens derrière un bureau.

Des fonctionnaires, des conseillers, des ministres qui tentent de comprendre la créature et de prendre les décisions qu'ils peuvent pour l'arrêter, sans mettre en danger la population locale. Chaque réunion, chaque validation hiérarchique, chaque consultation d'un allié coûte du temps. Le monstre, lui, n'attend pas.

C'est là que le film devient politique : dans les lourdeurs de la bureaucratie japonaise, dans les traumatismes liés aux catastrophes naturelles et au nucléaire, dans la question de ce qu'un pays peut décider seul.

À qui s'adresse le film?

Si vous cherchez des grosses explosions et un film d'action à l'américaine, allez voir le Godzilla (americain) de 2014. C'est un enchainement d'iconisation et d'explosion.

Si vous voulez voir un triomphe obtenu autrement qu'avec une bombe plus grosse que la précédente, restez.

Et si vous prenez un malin plaisir à voir les Japonais critiquer les Américains, ce film est fait pour vous.

Le bémol

Tout n'est pas parfait. Les dialogues arrivent en avalanche, les cartons de texte défilent plus vite qu'on ne les lit, et les personnages sont davantage des fonctions que des êtres humains.

Mais c'est une épopée politique, parlant d'écologie et de guerre, cachée derrière un gros reptile. Et ça, c'est rare.